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Le Devoir

Consommation - Des puces espionnes dans nos vies

L'identification par radiofréquence se prépare à remplacer le traditionnel code-barre

Fabien Deglise
Édition du lundi 5 juin 2006

Votre passion maladive pour les équipements électroniques, pour les chaussures en crocodile, pour les boissons énergétiques mais aussi vos infidélités commerciales et vos déplacements dans un centre commercial, calculés au centimètre près, sont sur le point d'être percés à jour. Il pourrait en être de même du contenu de votre frigo, de votre bibliothèque ou de votre garde-robe dont l'inventaire risque bientôt d'être fait à distance, avec une précision chirurgicale, par des mains malveillantes ou non, par l'entremise d'une nouvelle technologie en voie de propagation dans le monde du commerce de détail: l'identification par radiofréquence (IRF).

Véritable révolution dans le domaine de l'étiquetage, l'IRF se prépare à déloger dans les prochaines années le traditionnel code-barre, dit-on. Le hic, c'est qu'en même temps, elle fait monter la pression du côté des chiens de garde des renseignements personnels qui craignent que cette technologie ne mette un terme justement à la notion de vie privée. Et ce, d'un océan à l'autre.

«À l'heure actuelle, il semble qu'il n'y ait aucun cadre solide de gestion des risques à la protection des renseignements personnels pour régir l'utilisation de l'IRF», écrit Jennifer Stoddart, Commissaire à la protection de la vie privée du Canada dans son rapport annuel rendu public la semaine dernière à Ottawa. «Le danger que pose la nature envahissante» de cette technologie est d'ailleurs souligné à maintes reprises dans ce document qui appelle les Canadiens à mieux s'informer sur le monde de demain que l'identification par radiofréquence pourrait bien construire. Histoire de s'en inquiéter un peu.

Et pour cause. Loin de se limiter à des lignes noires de différentes tailles et à des chiffres, comme le futur ex-code-barre, l'IRF se résume en effet à une micro-puce électronique jumelée à une antenne tout aussi miniature qui permet de transmettre par onde radio l'identité précise d'un objet ou d'une personne. Cette méthode d'identification des produits, des individus ou même des animaux de manière unique -- la puce est associée à un produit et non à un groupe de produits -- permet ainsi d'économiser temps et énergie en établissant les inventaires, par exemple, en «écoutant» simplement les messages transmis par des boîtes dans un entrepôt, plutôt qu'en envoyant une personne passer chaque contenant au scanner.

D'usage limité jusqu'à tout récemment, l'IRF est toutefois sur le point de se démocratiser en raison de la chute des prix de ces étiquettes dont le potentiel est inversement proportionnel à leur taille minuscule. Dans la dernière année, leur coût unitaire est en effet passé de 1 $ à 0,25 $. Et cette chute, préviennent les analyses de ce milieu, devrait se poursuivre au rythme de la multiplication de cette technologie sur toujours plus de produits de consommation. À ce jour, 3,7 milliards de ces puces savantes ont été vendues en Amérique du Nord, estime l'industrie de l'IRF qui envisage l'avenir avec optimisme et avec des perspectives de ventes atteignant un millier de milliards d'étiquettes d'ici à 2015.

De multiples usages

En facilitant la gestion des inventaires, l'IRF trouve par exemple preneur chez Wal-Mart aux États-Unis qui a imposé à ses fournisseurs la présence de ces puces sur l'ensemble des produits qu'il achète. Au Canada, l'utilisation de la radiofréquence va être expérimentée dans 20 magasins et un centre de distribution de la chaîne cet automne, avant de suivre les traces du grand frère états-unien.

Là-bas, comme ici, des grands marchands de livres, de vêtements, de nourriture commencent à entrer dans la ronde, afin de suivre, en temps réel et sans effort, leur produit. Certaines banques y succombent aussi afin d'accélérer le traitement des transactions bancaires. L'IRF est promis également à un bel avenir dans les passeports et sur les plaques d'immatriculation des voitures pour le télépéage et accessoirement pour faciliter la vie aux policiers et leurs photo-radars.

Mieux, ces puces pleines de ressorts pourraient à terme porter un dur coup à la profession de caissiers dans les supermarchés et autres commerces en les remplaçant alors par de simples lecteurs électroniques capables de scanner le contenu d'un chariot en moins de deux et de débiter votre compte du montant nécessaire après radio-lecture de la carte de crédit présente dans votre poche.

Des mouchards dans ses poches

Le portrait, plein d'efficacité, aurait-il les tonalités d'un monde idéal ? Loin de là, répond la Commissaire à la protection de la vie privée du Canada qui, tout en la voyant prendre de l'ampleur, s'inquiète des effets pervers de cette technologie. Et pas les moindres : «collecte subreptice de renseignements personnels», «suivi des déplacements de personnes», «établissement de profil de consommateurs» ou encore vol d'identité, écrit-elle dans son rapport annuel.

Jumelé à un dispositif de localisation par satellite -- le GPS -- l'identification par radiofréquence placée dans un vêtement permettrait en effet par exemple de suivre dans l'espace et le temps ledit vêtement. Et forcément la personne qui se trouve à l'intérieur. Avec à la clef, la possibilité par exemple d'associer cette personne, par ces déplacements, «à certains événements, comme des rassemblements politiques ou des manifestations», explique dans son rapport Jennifer Stoddart.

Sur une autre note, chaque consommateur risque, au milieu de ces puces, de dévoiler avec une précision inquiétante ses faiblesses à des commerçants toujours plus en mal d'informations personnelles qui, dans leur base de données pourraient connaître les goûts précis de crème glacée des uns ou les penchant pour la littérature érotique -- ou les livres pour vaincre la dépression -- des autres. Et ce, par la simple lecture de puce à la caisse associée à la lecture d'une carte de crédit elle-même équipée d'une étiquette à radiofréquence.

Cette étiquette pourrait d'ailleurs permettre de connaître l'adresse précise de chaque client d'une grande surface, en suivant simplement le trajet pris par un paquet de boeuf haché de l'épicerie au frigo. Prouvant ainsi que le progrès n'est pas toujours facile à arrêter.

Sans foi ni loi ?

Et pas question pour le consommateur de s'y soustraire. Pour le moment du moins. «Ces puces sont petites et quasi invisibles sur les emballages», résume à l'autre bout du fil Teresa Scassa, directrice de l'Institut de droit et technologie de l'Université Dalhousie à Halifax en Nouvelle-Écosse. «Rien n'indique leur présence sur des produits et, dans ce contexte, il est impossible de se protéger contre cette forme d'espionnage.»

La juriste qui étudie depuis quelques années l'impact de l'IRF sur l'intimité des canadiens estime que plusieurs applications d'étiquetage par radiofréquence devraient être sans danger pour la vie privée. Mais à l'inverse, quelques autres pourraient faire planer le spectre de Big Brother, à cause de «lacunes problématiques dans le cadre législatif actuel», dit-elle, mais aussi de l'indifférence des consommateurs «habitués à donner des renseignements personnels sans se poser de questions» et «dépassés par la complexité de la technologie».

Pour atténuer le danger, M. Scassa recommande d'ailleurs d'amorcer très vite un débat public sur ce genre de technologie au potentiel intrusif démesuré. Elle propose aussi, dans un récent rapport d'analyse remis à la Commissaire à la protection de la vie privée du Canada la création d'un logo pour indiquer clairement la présence d'une étiquette à radiofréquence sur un produit. Logo associé à des messages en magasin avertissant les consommateurs de l'usage d'une telle technologie.

«Il faudrait aussi envisager la désactivation obligatoire de ces puces juste avant de sortir du magasin», dit Jacques St-Amant, spécialiste des questions de vie privée chez Option Consommateurs, un regroupement consumériste. «Même si le danger est encore très théorique, il est encore temps de réagir avant que des entreprises ne se mettent à utiliser cette technologie à grande échelle»... faisant ainsi d'aujourd'hui le futur que seuls les amateurs de science-fiction et de conspiration semblaient apprécier jusqu'à maintenant.
 


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